Souvenirs



Salvo H. Alhadeff



Que de souvenirs, certains tristes et d'autres mélancoliques, en lisant les SOUVENIRS de Giacomo Franco (page 55,n.13, LOS MUESTROS) !
Ayant quitté Rhodes salidura di Kippur en 1938, ces réminiscences me donnent parfois l'impression que tout cela appartient à un autre monde, auquel je n'appartiens pas.

Un des plus poignants se réfère à l'appel téléphonique reçu plus au moins fin Décembre 1945 de l'agent des services postaux en Rhodésie du Sud - ma résidence pendant la dernière guerre - afin d'identifier un paquet de lettres remontant au début de la guerre et en provenance de Rhodes mais qui avaient été détenues à Naples.

Il est facile d'imaginer avec quelle vitesse et curiosité je m'y rendu. Les tristes nouvelles concernant notre malheureuse Communauté ayant déjà commencé à nous parvenir au compte-gouttes et ce paquet de lettres jusqu'à une date que je ne peux plus me rappeler avec précision, créaient pour moi une situation incroyable. Et pourtant j'avais bien dans mes mains des lettres écrites par les mains de ma pauvre, chère, bonne et inoubliable mère! Je ne savais pas à quoi croire. Les vielles lettres écrites pendant la guerre, détenues au bureau de Naples à cause de cette maudite guerre, le paquet tenu ensemble par un petit bout de ficelle! C'était douloureux de me rendre à l'évidence, essayant malgré moi de rallumer le peu d'espoir que j'avais de les savoir encore vivants malgré les dernières nouvelles qui ne laissaient plus de doute.

Les noms mentionnés dans cet article rappellent plusieurs souvenirs : commençant par le regretté père de Giacomo, Hiskia, président de la Communauté pendant plusieurs années et qui un beau jour me chargea de la traduction en langue italienne du testament spirituel du Rabbin Eliyahu Israël, traduction qui fut publiée par L'hebdomadaire ISRAEL de Florence. Un autre souvenir concerne le docteur Hasson ("Quen es ki va pagar? C'était la première question à la visite d'un malade qui, assez régulièrement, publiait sur IL MESSAGGERO DI RODI une rubrique sous le titre "La parola del medico" sur différents sujets que je traduisais pour lui du français, mais.....accompagnés par la signature du Dr Mercado Hasson!

Autres noms mentionnés dans ce numéro: Nissim Alhadeff ( Narciso, mon cousin de Bruxelles), Nissim Cohen (un autre cousin à moi, Sea Point), le regretté Capelluto di Tchelibon, camarade de classe et cher ami pendant plusieurs années, Isahar Avzaradel ex élève et ami (" Il maiale è un animale maledetto ecc. ecc..) que j'ai eu le plaisir de revoir à Ashdod, et d'autres. Ces amis, à leur tour, me rappellent le prof. Renato Cohen, le directeur Aldo Lattes, l'avocat Ugo Ayo et ....Isaac Touriel, oui, Isaac Touriel..(Isaac ! Es - tu là ? Un bonjour à toi ! Je m'excuse, mais je n'ai jamais eu des nouvelles le concernant depuis les dernières 56 années, depuis que j'ai quitté Rhodes ; par conséquent, s'il y a un certain anachronisme j'espère en être excusé). L'épisode le concernant avec Ugo Ayo est le suivant : Ayo s'était fait faire confectionner par mon cher père Z.L, qui était tailleur, un beau costume qu'il portait à l'école. Un beau jour Isaac Touriel était plus énervant que d'habitude et le prof. Ayo en avait assez. Il lui demanda de se taire et le menaça de le mettre dehors s'il n'obéissait pas. Un échage de défis s'ensuivit et éventuellement la classe, ahurie, assista au spectacle d'Isaac Touriel lançant son encrier en direction de Ayo. C'était encore un des premiers jours que Ayo portait son nouveau costume et on peut imaginer le désastre qui s'ensuivit. Alors Ayo appela le directeur Alddo Lattes qui, ayant entendu les détails de l'histoire, dit à Isaac : Chi vuol fare la rivoluzione se ne vada a Parigi !. Naturellement Isaac fut expulsé de l'école.

Je ne dois pas passer sous silence mes amis les regrettés Moshe Rozio, Robert Cohen et Victor Soriano.

Nos promenades Place Mandaki étaient nos lieux de réunion et de discussion. Les promenades et les sérénades étaient une partie de notre vie; ces réunions étaient si régulières que je m'en souviens encore bien clairement. Je revois Anastassiadis (violon) que J'ai eu le plaisir de revoir à Athènes après 40 ans et nous nous sommes reconnus sans difficulté ; Aaron Cohen, guitare, parti pour Buenos Aires ; Maurice Gaon (la gran cassa à la bande de l'école juive, mais pour les sérénades il était un " incorajamiento moral" tout simplement) ; Nissim
Cohen (guitare) et moi la clarinette et deux à trois amis complétaient le groupe. Après minuit jusqu'à 2 heures du matin nous allions faire de la musique sous différentes fenêtres du quartier, mais après m'être muni - par mes
soins - d'un permis officiel de la police nous en donnant l'autorisation, à condition de ne pas faire " del chiasso e disturbi notturni per contravvenire le disposizioni della legge" . Les deux heures passaient vite car on allait d'une
fen'eatre à une autre dans différentes parties du quartier, chaque membre du groupe n'oubliant pas l'adresse de sa préférée...Je me rappelle encore les noms de quelques rues: la kalijica dil Mitiris... la caleja di Mallel... serca di
las pilotas...etc. Quelles nostalgies !... Quelque fois il me semble que je n'appartenais pas à ce monde la, tellement il me semble irréel. Tout me semble maintenant si innocent comparé au monde d'aujourd'hui....

Comment ne pas mentionner mon cher ami Leon Alhadeff, avec lequel j'aime être toujours en contact et qui enrichit les colonnes de LOS MUESTROS de temps à autre, mais pas aussi souvent que j'aimerais bien ! (Hello ! Léon : m'entends-tu ? ).
Encore un autre nom mentionné dernièrement est celui de Joseph ( Baby) Benatar, frère de Gabriel, Michel (mon ami - "Racchel, quand du Seigneur la grâce tutélaire etc. - LA JUIVE, Halévy) et sa soeur Sol Levy que j'ai eu le plaisir de revoir en Israël et avec laquelle j'avais pris part à plus d'un concert organisé en faveur du Collegio Rabbinico, avec Sol au piano, Alberghetti ( violoncelle), Vengust ( violon) , moi ( clarinette) etc.

En fermant les yeux je voudrais me rappeler d'autres souvenirs, mais il faut quand même descendre sur cette sphère à laquelle nous appartenons.

Ces quelques petites photos, encore précieusement gardées " dits de la manseves" me rappellent " un mondo che non esiste più sfortunatamente ".
Si elles rappellent d'autres souvenirs aux lecteurs de LOS MUESTROS je serais vraiment récompensé d'avoir mis noir sur blanc estos ricuerdos mios.




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- Copyright © 1998: Moïse Rahmani -